Vouloir bien paraître

Vouloir bien paraître

Quand l’être veut bien paraître devant les yeux des autres, c’est qu’il veut s’assurer de projeter la bonne image de lui-même, c’est-à-dire une image qui correspond aux aspects qu’il aime de sa coloration d’âme. L’être vit l’impression que son image a un impact sur la valeur intrinsèque de son être, et donc sur l’appréciation qu’il peut se faire de lui-même.

L’humain veut naturellement être aimé et apprécié par certaines personnes, et s’occupe de bien dorer son image afin de vivre cette appréciation de la part de ces individus. Il prend donc toutes les mesures nécessaires afin de bien paraître, c’est-à-dire qu’il tentera de projeter une image qui sera bien reçue par cet entourage qu’il estime. Ceci est parfaitement normal pour l’être qui vit dans sa personnalité. Cet individu appuie ainsi son identité sur sa personnalité – personnalité qu’il voudra extérioriser de manière à gagner l’approbation de ses semblables.

Le jour où l’être qui vit à l’intérieur de son image sera prêt à avancer en conscience, il fera inévitablement face à des situations dans lesquelles son image sera salie, déchirée, voire abolie. Il perdra la face devant les gens sur qui il appuyait son appréciation de lui-même, de par l’image qu’ils avaient de lui. Le voilà donc pris à son propre piège, situation où il a pris l’habitude de s’appuyer sur ses mécanismes internes afin de se sortir du trou, ou de continuer à creuser le trou de sa souffrance.

Il tentait parfois de trouver un coupable – lui-même ou autrui – en se développant une logique afin d’expliquer rationnellement l’événementiel. Il cherchait parfois à se justifier, à se défendre, à crier à l’injustice. D’autres fois, il restait coincé dans le gouffre de ses pensées. Il a longtemps tourné en rond dans ce type d’événementiel, subissant inlassablement l’afflux de ses pensées. Dans les cas extrêmes, sa souffrance touchait le fond du gouffre, c’est-à-dire que son image démolie l’amenait à des conditions où il était tenté de s’enlever la vie, puisqu’il avait toujours associé sa vie réelle à son image.

Un jour, cet être réussira à sortir du manège des pensées réfléchies face à l’événementiel. Il découvrira que la vie est une forme de théâtre, et qu’il a toujours bien joué son rôle. Il a pris son rôle au sérieux et en a vécu tous les rebonds. Son rôle, c’est sa personnalité qui vivait à partir du script qu’on lui soufflait dans son mental. Ce script, c’est la programmation de son âme qui devra un jour sortir de la scène théâtrale, afin de laisser passer librement l’énergie réelle de la personne, sans coloration, sans image.

L’acteur a besoin d’une image. L’humain de l’involution a besoin d’une image. L’homme nouveau n’aura plus d’image à préserver, car une image ne peut plus lui servir dans sa nouvelle évolution. Elle lui a bien servi dans le passé, mais elle devient de plus en plus un aspect retardateur à l’intérieur de sa conscience. Et c’est pourquoi l’événementiel créé par l’esprit viendra brûler les faux fondements identitaires de la personne, et ce, jusqu’aux derniers sédiments. Un être intégral doit naître, et la pièce de théâtre devra un jour prendre fin ! La vie réelle doit naître dans l’individu !

Sécuriser une image, c’est le refus d’avancer vers du nouveau. C’est de s’appuyer sur une programmation animique plutôt que de la dépasser par intelligence du réel. C’est de se fier à sa logique, à son intellect involutif, afin de se sécuriser temporairement. C’est de ne pas prendre pouvoir sur notre vie réelle, au-delà des apparences des formes. C’est de ne pas utiliser les formes afin d’en dévoiler les contours. C’est de se soumettre aux lois karmiques de la vie, et d’en subir personnellement les retours. C’est de perpétuer l’ignorance du réel à l’intérieur de notre être. C’est de ne pas être capable de vibrer à la grandeur de notre être réel. C’est de se croire grand. Ou de se croire petit. Ou de se croire.

L’être nouveau n’aura plus besoin de croire, n’aura plus besoin d’une logique afin de se sécuriser dans sa personnalité, dans son image, car il aura dépassé le besoin de se sécuriser. Ce besoin prend naissance dans l’absence d’assise réelle, c’est-à-dire dans la manifestation psychologique de l’être face à la forme.

Un jour, l’individu deviendra réellement grand, dans la mesure où il sera capable de ne plus donner de valeur subjective à la pensée qui entre dans son mental. Dans la mesure où il ne prendra plus ses pensées au sérieux, c’est-à-dire au pied de la lettre. Il sera réellement grand quand il arrachera le pouvoir descendant de son esprit, afin d’utiliser ce pouvoir afin de s’extérioriser créativement dans son mental. Il ne jouera plus le jeu de l’esprit, il ne jouera plus de rôle dans la pièce de théâtre, mais il décortiquera la scène de manière à ouvrir son esprit vers l’infini de sa conscience.

— Sandra Vimont, 2011


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