L’incontournable ennui

L’ennui force l’âme à ressasser de vieilles mémoires liées au passé. Il est tel un poison, car il endort l’esprit de l’individu dans un carcan qui l’oblige à un passage à vide dans son ego. L’ego est sur-le-champ entrainé dans de l’ambivalence et ainsi s’élargit le flot de pensées négatives sur sa conscience. L’impression de déjà vu ramène l’âme au premier plan parce que l’individu ne se sent pas bien avec lui-même. L’individu croit qu’il n’est pas intelligent de la vie parce qu’il trouve sa vie ennuyeuse.

L’ennui est une force déstabilisante qui pénètre la profondeur animale de l’ego pour y extraire une obligation non intelligente de sa part. L’individu croît qu’il doit faire quelque chose pour chasser l’ennui. Cet effort ne fait que davantage sortir l’Homme de l’esprit, si bien que l’ego n’en finit plus d’emprunter les mêmes pavés de la démesure et de l’excitation pour se sentir vivant.

La quête d’un nouveau défi est pleinement exaltante pour lui parce qu’elle lui donne l’impression de vivre sa vie, alors qu’il ne fait que répondre à la pensée astrale qui l’invite à faire ce qu’elle veut bien. Tout ce qui fait vibrer l’âme le rend donc heureux, car il a l’impression qu’il a sa vie en main.

L’ennui est un artifice sombre de l’âme. Sournoisement, il assassine en l’Homme l’intelligence de sa liberté à être neutre. L’âme est évidemment heureuse de cette condition, puisqu’elle souffle à travers la mémoire réfléchie le branle-bas de combat de l’ego. Aussitôt que l’ego a perdu sa neutralité, il arpente les mille et un lieux de sa conscience astrale pour se définir et se connecter à la masse. Ainsi, il assiste à un spectacle pour chasser l’impression qu’il n’avait rien d’autre de mieux à faire.

Puisque l’ennui recourt toujours à une intelligence réfléchie de l’ego, c’est la mémoire collective de la race de l’Homme qui s’installe au cœur de l’âme. L’individu est ainsi loin de sa réalité, et rarement peut-il mettre le doigt sur ce qui se passe dans sa tête, avant que ne vienne l’ennui. Tout individu laissé à lui-même, c’est-à-dire sans le rayon de son esprit, est appelé à ne jamais sentir son intelligence.

Un Homme conscient, seul et sans intelligence, ça n’existe pas. L’Homme scient, sait que de l’esprit est intelligence. Il possède donc l’autorité nécessaire pour mettre un terme au cercle vicieux de l’ennui, chassant ainsi « l’âme » de sa vie. L’âme, c’est le chef d’orchestre intraitable de l’ego inconscient. Parce que son poids est dense en mémoires, il peut nourrir l’ego de notes discordantes pendant des millénaires. L’Homme doit comprendre que l’ennui est un artifice astral qui cherche à donner à l’Homme l’impression qu’il ne peut pas être intelligent seul. L’Homme doit confronter ce qui le place dans le cercle de l’ennui.

Quand un ego considère qu’il a toujours besoin de faire quelque chose, c’est parce qu’il manque de centricité. Il subit alors une sorte de dictée musicale qui lui est transmise par les pensées astrales qui entrent dans sa psyché. Pour inverser le flot de l’ennui dans sa vie, l’individu doit, au sens strict du terme, pouvoir rester seul avec lui-même et se sentir bien. S’il y parvient, c’est qu’il commence à s’habiter.

Il commencera alors à sentir son intelligence parce qu’il pourra, dans sa conscience, décider du moment opportun de faire quelque chose. Se sachant davantage dans son identité, il peut voir qu’il y a une ou des pensées réfléchies qui l’ont mené à croire qu’il s’ennuie.

C’est lorsque l’Homme est présent à ce qu’il vit qu’il est le plus apte à renverser les valeurs qu’il donne à la vie. Parce qu’il ne souffre pas de l’ennui, il est en mesure de se donner de nouvelles valeurs. Alors que jadis, il chassait l’ennui en prenant part à un mouvement collectif, la grande marche de Compostelle par exemple, il peut désormais, parce qu’il est scient que l’ennui le guette, décider de marcher seul en arrière de chez lui. Et le résultat sera le même. Autrement dit, ce n’est pas la marche en tant que telle qui le change, mais plutôt l’intériorité qu’il développe avec lui-même et la lucidité qu’il a de ce qui entre dans sa tête par la pensée.

L’illusion de vivre sa vie en relation avec l’autre est grande. L’Homme conscient vivra plutôt sa vie seul. Et c’est lorsqu’il aura mis un terme à la poussée mémorielle de l’âme sur son ego qu’il saura que sa vie est grande. Le besoin d’être avec l’autre ira de soi, parce que l’Homme scient sait qu’il est un soleil, et qu’un soleil ne brille jamais que pour lui-même. Comme l’autre est aussi source de plaisir, s’il est dans le partage de la beauté de ce qu’il est, l’Homme saura en apprécier la valeur. Mais l’ennui reste pour l’Homme conscient un travail de tous les instants, car son interlocuteur peut très bien ne pas savoir qu’il est prisonnier de l’ennui. Il communique peut-être avec vous pour se désennuyer.

L’ennui, c’est la quête de trouver une vérité à sa vie. C’est se chercher, sans se trouver. C’est ne pas savoir que même s’il ne se passe rien dans sa vie, il se passe toujours quelque chose. C’est-à-dire que la vie est vibration, et que la source de celle-ci est astrale ou mentale. Réciproquement, l’ennui poussera toujours l’ego vers l’ambivalence. Cela réalisé s’ajoute le doute de soi, ce qui force après coup l’ego à vouloir s’activer ou s’exciter pour ne pas vivre le vide de l’ennui. Par exemple, choisir de rester à la maison quand l’ennui frappe à sa porte et de ne rien faire, permet de réaliser que la vie est vraiment une source de fluctuations par laquelle la pensée émet une vibration. Naturellement, si les pensées astralisées dominent la conscience d’un individu, il ne restera pas longtemps assis à ne rien faire. Par contre, si vous savez que vous vivez de l’ennui et que celui-ci provient de votre inaptitude à rester centré sur le réel de votre vie, il y aura systématiquement une autre structure de la pensée qui se présentera alors à vous.

L’ambivalence éteint tout retour de l’énergie de l’esprit. Être scient de sa vie est donc à cet effet un tour de force. Savoir qu’un verre à moitié plein est un verre plein à un autre niveau n’est pas évident.

Seul l’esprit peut chasser l’ennui. Si l’individu établit qu’il doit se centrer davantage sur ce qui l’habite en pensée, l’esprit reviendra. Le vide à moitié plein se remplira, parce que telle est le principe de la vibration de l’esprit dans la pensée. Cette pensée pure ou mentale pénètre l’ego et ainsi, l’apex de l’esprit redevient le fil conducteur de la vie dans l’Homme et le repositionne devant ses choix. Cela veut dire que l’âme ne vibre plus et que le corps mémoriel qui amplifiait l’ego de fausses valeurs s’éteint. Le devenir de l’Homme est élevé en vibration et la seule présence de l’Homme à ce qu’il est, soit d’être seul en lui-même, modifie sa conscience.

L’esprit présent dans l’Homme est un continuum d’énergie qui ouvre la conscience de l’Homme à sa multidimensionnalité. Chasser l’ennui de sa vie, c’est rompre avec la médiocrité de l’âme qui veut être le centre de la vie de l’Homme. Il revient à l’Homme de mettre au pas les pensées qui entrent dans sa tête, et de réaliser que l’impression de ne pas être intelligent parce qu’il est seul est une foutaise. L’Homme scient sait que s’il est seul dans sa vie, c’est souvent parce qu’il y a des conditions qui le forcent à être seul avec lui-même. Il sait donc qu’ « il n’est pas seul » et qu’il peut évaluer le moment où il n’a plus à être seul. Entretemps, il ne vit pas d’ennui, parce qu’il sait qu’il n’a d’autre choix que de se consolider dans sa conscience, car telle sera vécue l’assise de sa multidimensionnalité dans la matière. Par extension, il sait déjà que sa conscience fait partie de la confrérie des Hommes et qu’il n’est ni éloigné de l’Homme, ou ni près de la mort, parce qu’intelligent de sa vie dans la vie.

L’Homme nouveau est un être intégral, par lequel l’ennui n’a aucun impact subjectif. Il décide toujours froidement ce qu’il veut vivre dans la matière, parce qu’il ne colore jamais sa psyché de l’impression qu’il ne se passe rien dans sa vie. L’intégralité de sa psyché est orientée vers la réingénierie de sa conscience, de sorte qu’il est intouchable dans sa conscience. En somme, la pensée qu’il n’est pas intelligent parce qu’il est seul dans sa vie ne lui crée pas de contradiction.

L’ennui c’est un poison qui mine la conscience de l’Homme à la petitesse de sa grandeur et de son devenir. L’ennui tue en lui sa plus grande beauté, soit celle de ne jamais croire à l’illusion qu’il ne sait pas ce qu’il a à faire sur Terre de sa vie. Il n’est pas facile de n’accorder aucune valeur négative à sa vie. Il y a dans l’ennui, la croyance insidieuse que l’Homme ne peut pas se réinventer et que la réingénierie de sa vie passe par les autres.

Mais lumière il y a en l’Homme scient quand il a chassé l’ennui de sa vie. Et pour lui, une journée passée seul avec lui-même n’est pas banal, car il sait qu’il consolide son devenir et il a la certitude que sa vie est totalement intelligente parce qu’il en est le seul et unique gestionnaire.

— Marc de LaSalle


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