Le pardon

Le pardon est une thématique délicate à aborder à cause de l’attachement à l’aspect religieux ou spirituel que peuvent avoir certains individus à son égard. Pour ces gens, le pardon peut devenir un incontournable car pour eux, ce dernier se réfère à la valeur de l’amour inconditionnel et à la compassion. En ce sens, la tradition christique a beaucoup influencé la conscience collective de la masse lorsque le Nazaréen a dit : « Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

En effet, la plupart du temps, pardonner permettra à l’égo inconscient de s’enlever un poids sur sa conscience et ainsi, se libérer d’un fardeau – ce qui lui apportera un sentiment de légèreté. Le cas échéant, la culpabilité pourrait le ronger, à savoir qu’en ne pardonnant pas, qu’il ne sait aimer comme il le faut.

Dans la vie, l’égo peut donc facilement être pris en tenaille entre la culpabilité et le salut spirituel d’entrer dans le rang. Ainsi, la religion chrétienne a imposé sa doctrine basée sur la culpabilité et la soumission car l’humain était ignorant et avait besoin d’une direction claire qui pouvait le sécuriser en son âme. Pour un égo imprégné de spiritualité, le fait de pardonner ne lui pose aucun problème, car c’est à ce point qu’il en est dans son évolution. Il n’en demeure pas moins que l’égo inconscient pardonne pour se libérer d’une forme de culpabilité ou par obéissance vis-à-vis des principes spirituels.

Un fait qui demeure est que l’humain qui pose une action volontairement destructrice sur un autre humain est carrément manipulé par une force extérieure. Et c’est là que se situe la problématique de l’involution : l’humain inconscient est dominé psychiquement et émotivement sur le dos de sa propre identité.

Pour quelqu’un qui entre dans sa conscience individualisée, l’Amour réel n’est pas un concept polarisé mais une vibration libre du vrai et du faux. Une conscience vibratoire n’est aucunement prisonnière d’un concept comme celui du pardon. Au niveau de l’Esprit, pardonner ou ne pas pardonner n’entrave en rien l’équilibre évolutionnaire d’un individu qui vibre dans l’intelligence de son identité réelle.

Pour l’égo inconscient, le fait de ne pas pardonner peut devenir un poids. Par contre, l’égo conscient est libre de cette dualité stérile. Le problème de l’égo inconscient est qu’il archive des mémoires expérimentales plutôt que d’instantanément vibrer au réel au travers l’étude de soi au travers l’événement. Cette nouvelle ouverture de conscience qui s’installe face à l’événement peut se comparer à un pardon de par la vision élargie que l’individu retire de l’expérience. Dès lors, le fil involutif se coupe chez cet égo qui vit à l’intérieur d’une conscience créative nouvelle.

Ce qu’il faut savoir est que l’Esprit crée l’expérience, l’égo l’expérimente et l’âme l’enregistre. Ainsi, lorsque l’humain vit une expérience, il doit la vivre pour lui et personne d’autre. Tout se joue dans sa sensibilité et non dans la sensiblerie. Qui dit sensibilité dit proximité de l’égo avec son Esprit, tandis que la sensiblerie est la manipulation de l’égo par les forces astrales.

Beaucoup de gens pardonnent de bon cœur, mais entretiennent en même temps de la haine viscérale vis-à-vis d’autres individus et ce, car ils ne comprennent pas l’expérience, donc ne voient pas la différence entre de l’âme et de l’Esprit. Clairement, le pardon est un état d’âme et non un état d’Esprit.

Nous savons qu’il n’y a pas d’intelligence créative à l’intérieur des mémoires de l’âme, car l’intelligence en l’Homme provient de sa capacité à arracher le réel derrière tout ce qui lui dicte comment agir plutôt que de lui permettre d’étudier la vie. En ce sens, l’individu étudiera aussi le phénomène du pardon qui le garde en otage à l’intérieur sa propre conscience ; ceci lui permettra de s’élever devant tout ce qui veut prendre autorité sur lui en le sortant de son identité réelle.

L’étude de la vie est une action objective car elle implique un égo émotivement détaché de la forme ; pardonner est une action subjective car elle implique la manifestation active de la programmation de l’âme à l’intérieur l’égo inconscient. Pardonner est un acte de bonne volonté, mais savoir le réel coupe le lien mémoriel de l’âme en l’ego. Cette cassure devient un geste créatif dans sa définition la plus réelle car à ce temps, l’Homme aura l’intelligence et la volonté de dénoncer toute influence des plans qui lui ferait croire que le pardon est aujourd’hui associé à de l’Esprit.

— Serge Poirier


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