La femme et la mère

femme L’amour si grand et pur qui abonde dans le couple en début de relation perdure rarement dans le temps, avec les mois et les années qui passent. L’image de l’être aimé devient assombrie par ce qui n’est pas réel en lui. Les déviances énergétiques deviennent de plus en plus apparentes, et parfois envahissantes. En outre, le jardin de l’amour est souvent moins entretenu et laissé à la dérive. La vision du magnifique en l’autre se perd. L’étincelle d’amour s’assombrit, et le couple tombe dans la routine d’une vie qui ne jouit plus de l’éclat de beauté de l’autre.

Cet effritement de l’amour dans le couple a souvent comme conséquence une fuite de la femme vers la mère, lorsque celle-ci enfante et élève un ou plusieurs enfants. Elle cherche alors à compenser, ou à retrouver un équilibre dans son amour, puisqu’elle ne parvient pas à le vivre pleinement dans son couple. Certes, l’enfant a besoin d’être aimé et cajolé, mais il ne doit pas devenir le sujet de la fuite de la mère. Si cela se produit, l’enfant le ressent et capte subtilement que l’amour parental est recouvert d’une poussière qui sera difficile à récurer. Un malaise profond et souvent non dévoilé prend place. Les partenaires sont de plus en plus ensemble par habitude ou par insécurité, plutôt que par sentiment amoureux. On oublie l’amour dans le couple pour entrer dans la routine et dans les obligations incessantes de la vie. Cette vie qui ne s’arrête pas un seul instant… même pas pour prendre le temps d’aimer.

Sans contredit, dans la mère doit perdurer la femme. Cette beauté féminine qui aime, qui embrasse, qui enlace. Mère qui aime l’enfant, certes, mais qui reste aussi femme, c’est-à-dire dans son amour envers celui à qui elle a offert son cœur. Entrer en contact avec cet amour à tous les jours et célébrer cet amour, pour ne pas qu’il subisse l’érosion du temps. Cet amour doit devenir une réjouissance quotidienne. Échanger, parler, communiquer, se révéler à l’autre dans sa vulnérabilité, pour parvenir à vibrer dans le réel de l’autre, ce sublime qui le caractérise, malgré des possibles faux pas en cours de route.

La femme, lorsqu’entière, vit et agit avec une définition identitaire croissante. Cela lui permet d’établir ce qu’elle veut vivre, et ce qu’elle ne veut plus vire. Elle peut alors s’exprimer et exprimer la vie avec sérénité et fluidité. Elle vit aussi son amour sainement, sans avoir à se soumettre à des paramètres involutifs qui lui nuiraient dans sa capacité à vibrer à son réel. Elle sait donc comment nourrir l’amour dans son couple et garder ce feu actif par sa beauté, par sa légèreté et par sa capacité à se réjouir de la présence de l’autre. Mais elle sait aussi quitter si nécessaire, si le fossé vibratoire entre elle et son conjoint est trop grand, ou si les tensions inhérentes à son couple nécessitent d'ouvrir de nouveaux chemins.

Sa présence continue avec elle-même lui permet de rester un pas en avant des situations ; il est donc aisé pour elle d’ouvrir la marche pour ses enfants, c’est-à-dire de leur montrer le chemin en leur exprimant ce qu’est la vie à travers ses propres expériences intégrées. En agissant avec intelligence et amour, elle offre le meilleur d’elle-même. Et surtout, elle reste une femme, peu importe ce que la vie lui présente. Elle réalise alors que rien ne peut lui enlever sa conscience acquise.

— Sandra Vimont, 2012